Passionné de mécanique et de technique, Jérémy Lepeltier a travaillé pendant près de 10 ans dans une grande écurie automobile avant de rejoindre en 2014 les paddocks de la SNCF. Après avoir été formateur en mécanique au Technicampus, il y travaille aujourd’hui en tant qu’ingénieur pédagogique.

Crédit photo Adrien Dasté
Il en a eu assez des tours de circuits et des arrêts au stand de 30 secondes chrono. L’envie aussi de se confronter à des matériels autrement plus lourds et complexes qu’une voiture, tout en gardant la vitesse et l’endurance en ligne de mire… L’amélioration de la performance mécanique : voilà ce qui anime Jérémy. Car en Formule 1, comme pour les TGV, ce sont souvent les petits détails qui font les grandes victoires. Jérémy est à l’origine de l’une d’entre elles.
En 2014, lors des sessions de formation qu’il anime, des stagiaires lui font remonter que de nombreuses pièces comportant un taraudage1 sont mises au rebut alors qu’elles seraient réparables. Un problème que Jérémy a déjà rencontré dans l’automobile, où l’on utilise un « filet rapporté », une pièce cylindrique, en acier inoxydable et pouvant s’insérer dans des pièces en aluminium ou en acier afin d’y accueillir la vis. Cela permet en plus de consolider la pièce dans laquelle elle est installée. Mais cette solution est-elle applicable aux trains, des engins de taille et de poids bien supérieur ?
S’engage alors un travail de longue haleine : il recense les quelques établissements qui utilisent déjà cette solution, mais sans en maitriser encore toute la technique, contacte ensuite des fabricants et calcule le gain financier pour l’entreprise. Pour l’accompagner dans ce recensement ainsi que dans la création des documents de maintenance, un groupe de travail est monté avec d’autres experts du Matériel. Il aboutit ainsi à un « filet rapporté » adapté au ferroviaire. Reste encore à l’industrialiser et le diffuser largement dans l’entreprise, pas toujours évident. Heureusement, « ma présence au Technicampus m’a permis d’avoir un rayonnement national » explique-t-il, ce qui a rendu possible la généralisation de cette solution. Désormais, un document de maintenance est rédigé pour l’ingénierie, des process d’applications sont disponibles et 300 agents ont été formés à cette solution.
« Innover c’est avant tout créer du lien », constate Jérémy en bon formateur.
Pour lui, innover c’est moins inventer une technique que partager les solutions, créer du lien entre l’interne et l’externe, entre les collaborateurs. Pour cela, il faut valoriser les essais, les tests, au risque parfois d’échouer.
Mais cela peut être payant : en seulement trois ans, Jérémy est passé d’une simple idée à une innovation déployée largement et permettant un gain d’un million d’euros2 pour SNCF. Avec en prime un bénéfice écologique : les pièces vivent plus longtemps et sont désormais, lorsque c’est possible, réparées et non plus jetées. Cela règle aussi les problèmes d’approvisionnements de pièces, réguliers avec des trains qui vivent une quarantaine d’années. Bref, un « coup du chapeau », un « hat-trick » comme on dit en Formule 1, qui permet à la SNCF de conforter sa pole position.
1 Taraudage : Le taraudage correspond à la partie de la pièce dans laquelle s’insère une vis.
2 Montant estimé suite à l’application de cette nouvelle méthode de maintenance, aux moteurs tractions de vingt-deux séries d’engins moteurs TGV en 2018.
Le parcours de Jérémy Lepeltier en 4 dates
2004
Technicien puis équivalent DPX durant 10 ans au sein d’une écurie automobile
2014
Formateur en mécanique au Technicampus
2019
Ingénieur pédagogique et de formations en mécanique et soudure
2025
Responsable d’un Lab Innovation à la SNCF ?
3 questions à Jérémy Lepeltier

Qu’est-ce qu’innover pour vous ?
L’innovation c’est une façon de penser, que l’on met en acte en prenant des décisions. Une bonne innovation intègre une évolution de produit ainsi qu’une évolution dans le procédé et l’organisation. Innover ce n’est pas forcément créer quelque chose de A à Z, c’est parfois aussi simplement créer du lien.

Quelle est pour vous l’invention majeure du XXIème siècle ?
Selon moi c’est internet, en donnant accès à des données à tous, c’est une technologie qui ouvre le champ des possibles, comme l’a pu être le cinéma avec les Frères Lumière.

Les objets connectés ?
La plus-value des objets connectés c’est de prendre des mesures rapidement et facilement. Cependant il faut garder à l’esprit que l’objet connecté peut donner une information faussée. L’humain doit conserver toutes ses capacités d’analyse des données et son savoir-faire est essentiel pour poser un diagnostic correct.
UNE CARACTERISTIQUE, UN MOT, UN DICTON