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Hélène NAUDON / CHIEF DATA OFFICER

By Septembre
NUMÉRO 06 – SEPTEMBRE 2019

HELENE NAUDON

CHIEF DATA OFFICER

DIRECTION DU MATERIEL CAMPRA

« Chief Data Officer »… Un de ces postes qui n’existait pas il y a encore 20 ans, LE poste tendance pour la transformation digitale des entreprises. Aujourd’hui, on mesure tout, on analyse tout : la disponibilité du matériel roulant, la réalisation de la maintenance mais aussi les données financières de SNCF… Ainsi, entre l’exigence de transparence et la prochaine ouverture à la concurrence, ce métier est plus que jamais indispensable. Comment en effet favoriser l’ouverture et la transmission des données en interne, tout en préservant la valeur stratégique des données SNCF face aux entreprises externes ? C’est le défi que tente de relever Hélène NAUDON.

Crédit photo SNCF

Bienvenue dans le monde merveilleux des chiffres, des données, des lignes de codes et des tableaux Excel. Un monde obscur réservé aux initiés ? « Pas du tout » répond Hélène Naudon. Pour cette ancienne élève de l’ENSAE (École Nationale de la Statistique et de l’Administration Économique), la donnée est avant tout une manière de « factualiser le monde ». « [Si les données n’expliquent] pas tout de l’humain, elles permettent d’approcher le réel, de travailler en se basant moins sur le ressenti qui peut être biaisé », constate-t-elle. Mettre « la Data » au cœur d’une organisation, c’est initier un changement de culture qui permettra d’inventer les métiers de demain et de gagner en performance. Tout le monde, à un niveau ou un autre, est concerné.
La première mission d’Hélène et de son équipe est donc de faire émerger les données puis de vérifier qu’elles soient de qualité. Tous les métiers produisent des données, souvent pour leur propre usage, mais ne les partagent pas forcément à d’autres, n’imaginant pas que cela puisse aider d’autres métiers. À Hélène, formée chez ENGIE à l’Excellence Opérationnelle et au conseil en stratégie, d’impulser une vision transverse en encourageant les rencontres et les échanges entre les différents acteurs, en les aidant dans la gestion de leurs données.
Ensuite, il faut les rendre accessibles aux personnes capables de les valoriser (experts, ingénieurs, etc.), afin de produire des innovations elles-mêmes créatrices de valeur. Parmi les données qu’elle gère : celles de maintenance des trains, mais aussi les données des fonctions supports générées par les services des ressources humaines ou des achats par exemple. Bref, des milliers de données, de différents types, plus ou moins sensibles. Protéger et sécuriser les données coûte cher, il faut donc identifier leur degré de « criticité » pour adapter la sécurité.
« La connaissance est la clé du pouvoir, de la sagesse » écrivait Confucius. Dans un environnement ferroviaire de plus en plus concurrentiel, cette phrase est encore plus vraie. Pour mieux partager et faire remonter les données, un portail unique regroupant toutes les demandes de données liées au Matériel a été mise en place depuis un trimestre. Baptisé « Data’Idées » il est accessible à tous en interne et permet de façon très simple d’effectuer une demande d’accès à des données en précisant l’usage à venir.

Une fois la demande envoyée, elle est analysée par l’équipe d’Hélène : la personne souhaite-t-elle une extraction, un flux informatique ? Le demandeur est-il légitime ? La donnée n’existe-t-elle pas déjà ailleurs ? En centralisant les demandes la Chief Data Officer peut faire émerger une solution qui répondra à plusieurs usages différents. C’est du temps et de l’argent gagnés mais aussi plus de collaboration.
Hélène accompagne également des projets portés par les établissements, comme le Technicentre des Pays de la Loire, qui a développé une application (« Eurêka ») de recherche de pièces en texte libre (à la manière de Google). En inscrivant par exemple « accoudoir », l’agent trouve le symbole de la pièce et sa référence précise, il n’a plus qu’à passer sa commande. Un gain de temps considérable, quand il fallait auparavant feuilleter plusieurs pages de documentations techniques. Aujourd’hui à la Direction du Matériel, il existe plus de cent applications informatiques (opérationnelles et support), de taille et de complexité variables. Un quart d’entre elles environ traitent d’informations potentiellement sensibles.
Enfin, agréger les données permet aussi d’aider les ingénieurs dans leurs décisions stratégiques. Par exemple, le Data Office construit un tableau de bord stratégique de suivi des coûts des pièces, à partir des données réparties entre les Technicentres de Maintenance et Industriels, pour avoir une vision la plus précise possible du coût d’une pièce. Pour établir un le montant juste, il faut savoir à combien revient une intervention en Technicentre, mais aussi le manque à gagner pour l’exploitant en cas de panne et donc récupérer les données liées à des métiers différents, les compiler et les mettre à disposition des ingénieurs qui obtiennent ainsi une vision globale et à long terme du coût de la pièce. Ils peuvent ensuite tester des hypothèses différentes pour l’optimiser.
Hélène aime travailler avec différents métiers et encourage les échanges : « Les données incitent au partage, la valeur des données est dans l’échange. Plus j’ai d’informations, plus je peux créer de valeur. » Si les données du Matériel circulent de plus en plus facilement en interne, elles sont également courtisées à l’externe. Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence un projet de décret est en cours d’écriture, qui vise à définir les obligations de SNCF en la matière. En effet à partir de 2020, d’autres entreprises vont effectuer des opérations de maintenance sur du matériel précédemment exploité par SNCF. Il faudra donc leur fournir des informations précises et exhaustives sur l’état du matériel roulant et sur la maintenance à effectuer, afin que les transferts s’effectuent dans de bonnes conditions et en toute sécurité. L’ARAFER (Autorité de Régulation des Activités Ferroviaires et Routières), qui a pour rôle de garantir à tous les opérateurs un accès équitable au réseau ferré national, veillera à ce que l’ensemble des informations soient transmises par SNCF dans les délais. Cette décision, dont les conditions précises restent encore à acter, pose la question de la préservation du savoir-faire de l’entreprise mais aussi de la capacité à délivrer, dans un délai restreint, de telles informations qui sont aujourd’hui dispersées dans différents lieux et logiciels. Les défis sont certes nombreux à relever sur le sujet de la gouvernance des données, mais ils doivent permettre d’en tirer la meilleure performance pour accompagner les métiers au quotidien.

Le parcours de Hélène NAUDON en 5 dates

2009

Double diplôme à l’Ecole Centrale de Lille et à l’ENSAE (École Nationale de la Statistique et de l’Administration Économique)

2009

Data Scientist chez ENGIE

2015

Consultante interne chez ENGIE, formée à l’excellence opérationnelle et au conseil en stratégie

2018

Chief Data Officer à la Direction du Matériel SNCF

2025

Poursuivre dans la gouvernance des données au sein de SNCF

3 questions à Hélène NAUDON

UNE CARACTERISTIQUE, UN MOT, UN DICTON

« Si tu as une pomme, que j’ai une pomme, et que l’on échange nos pommes, nous aurons chacun une pomme. Mais si tu as une [donnée], que j’ai une [donnée] et que l’on échange nos [données], nous aurons chacun deux [données] ».
Adaptée de la citation de George Bernard Shaw

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Yonnel GIOVANELLI / RESPONSABLE DU POLE ERGONOMIE ET FOH

By Septembre
NUMÉRO 05 – SEPTEMBRE 2019

YONNEL GIOVANELLI

RESPONSABLE DU POLE ERGONOMIE ET FOH

DIRECTION DU MATERIEL CAMPRA

Interview

Yonnel GIOVANELLI

Suivez le mouvement !

Quel est le point commun entre un cheminot et la déesse indienne aux huit bras Shiva ? Pas grand-chose à première vue. Mais cela pourrait bientôt changer… Yonnel Giovanelli, responsable du pôle ergonomie à la Direction du Matériel, a développé un bijou de technologie pour soulager ses collègues dans les ateliers : un exosquelette pour éviter aux agents les charges lourdes et les postures pénibles. Un bel exemple de complémentarité entre les métiers de SNCF.

Crédit photo SNCF

Reprofilage des essieux, soudure de pièces lourdes, le travail physique reste une réalité pour de nombreux salariés SNCF, en particulier dans le domaine Matériel. Ponçage, câblage, charges lourdes, etc. Les causes potentielles d’usure physique et de troubles musculo-squelettiques sont nombreuses. Mais Yonnel Giovanelli, responsable du pôle ergonomie et FOH (Facteurs organisationnels et humains) a peut-être trouvé la solution : un exosquelette, sorte de ceinture avec des bras mécaniques, qui permet de faciliter le maintien des bras en l’air, la flexion du dos, l’extension des cervicales, le support d’outils ou les manutentions. Bref, diminuer la pénibilité propre aux manutentions et aux postures pénibles. C’est ce qu’on appelle un « Exosquelette », un Dispositif d’Assistance Physique, que l’homme utilise pour les charges pénibles. Son petit nom ? « SHIVA Exo », en référence à la déesse indienne… Son « papa », Yonnel Giovanelli, y pensait depuis un moment. Arrivé en 2005 à la SNCF, l’ergonome observe, décrypte les mouvements de ses collègues. Comment un agent se saisit de ses outils ? Comment s’installe-t-il à son bureau ? La beauté du geste importe moins que son efficience, sans mouvement superflu.

Le diplômé en STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) de l’université de Nancy observe puis passe à l’action. Il commence avec son équipe en 2016 à travailler sur ce prototype, d’abord en établissant un état des lieux – rien de ce type n’existait alors – puis en partenariat et en open innovation avec la start-up « Ergosanté Technologie». En moins de trois ans, après de multiples maquettes, de nombreuses réunions avec des ergonomes, ingénieurs, psychologues du travail, biomécaniciens, médecins et bien sûr des agents, le produit est fin prêt.

Après le dépôt de quatre brevets par Ergosanté Technologie, il devrait prochainement obtenir une certification européenne afin que les technicentres puissent l’acquérir. A l’automne 2019, la SNCF sera l’une des rares entreprises à pouvoir se targuer d’avoir, non pas acheté un exosquelette, mais d’en avoir co-développé un avec plusieurs assistances, adapté aux besoins de ses salariés.
Mais si les technologies évoluent à la vitesse grand V dans le monde des Nouvelles Technologies d’Assistance Physique, l’ergomotricien et ergonome de formation rappelle qu’« il faut rester vigilant, car on ne connait pas encore les conséquences à long terme des exosquelettes ».

Pour lui, pas question de faire de l’agent SNCF un Iron Man !

« On n’est pas dans le registre de l’homme augmenté mais dans celui de l’homme préservé » 

rappelle le passionné de motricité. Il convient d’accompagner de manière pertinente l’intégration des exosquelettes dans les établissements.

Le parcours de Yonnel Giovanelli en 5 dates

1994

DESS STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives)

2003

Master 2 en ergonomie

2009

Ergonome à la Direction du Matériel. Expert scientifique et technique du réseau SYNAPSES

2013

Responsable du pôle « EFOH », à la direction du Matériel. Expert commissions de normalisation AFNOR et ASTM

2025

Ecrire une thèse sur les exosquelettes ?

3 questions à Yonnel Giovanelli

UNE CARACTERISTIQUE, UN MOT, UN DICTON

« Mens sana in corpore sano.
(Un esprit sain dans un corps sain) »
Juvénal

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Jean-François ROSTALSKI / EXPERT MICRO-MÉCANIQUE

By Juin 2019
NUMÉRO 04 – JUIN 2019

JEAN-FRANÇOIS ROSTALSKI

EXPERT MICRO-MÉCANIQUE

TECHNICENTRE INDUSTRIEL D'OULLINS

Il y a 20 ans, Jean-François Rostalski réparait les tracteurs dans le bocage bourbonnais. Mais comme les meilleurs vins, ses qualités de mécanicien se sont affinées… au sens propre : il s’occupe désormais des minuscules engrenages des boîtes noires au Technicentre industriel d’Oullins, dans la banlieue lyonnaise. Des mastodontes du monde agricole, il est passé aux minuties de la micro-mécanique. Un univers qui répond bien à son exigence de perfection.

Crédit photo SNCF

Quand il était petit, Jean-François ne rêvait pas de trains. Ses jouets, ses rêves, c’était les tracteurs. Dès son enfance il se passionne pour la mécanique, « j’ai grandi sur les engins agricoles et j’adorais les tracteurs »  raconte-t-il. Il garde d’ailleurs un souvenir ému des locomobiles agricoles qu’il voyait dans les animations des fêtes de village : ces machines à vapeur, montées sur roues faisaient tourner les batteuses au début du XXème siècle. Ancêtres des tracteurs, elles sont aussi à l’origine des premières locomotives à vapeur, qui ne sont finalement rien d’autre que des locomobiles montées sur rails ! L’appel du train est bientôt en vue…
Une fois son CAP en maintenance des engins agricoles obtenu, Jean-François travaille pendant treize ans à l’entretien et à la réparation de tracteurs. Mais à ses trente ans, ce métier devient physiquement bien trop difficile pour son corps meurtri. En effet, alors qu’il est âgé d’une dizaine d’années, Jean-François contracte un cancer de l’os qui le laisse amputé d’une jambe. Si par défi, il s’est battu pour exercer le métier qui lui plaisait, il se retrouve contraint de se tourner vers un métier sollicitant moins sa jambe. A l’été 2001, suite à une discussion avec un ami cheminot, il rejoint SNCF en tant qu’agent logistique. Il quitte alors l’Allier et le monde agricole pour le Technicentre d’Oullins, en banlieue lyonnaise.

Il prend peu à peu ses marques, mais rapidement son emploi ne le satisfait guère, trop éloigné de la mécanique qu’il affectionne tant : « la mécanique c’est quelque chose de concret, c’est de la logique, du bon sens, contrairement à l’électronique qui est dépendante de conditions extérieures climatiques par exemple ». 
Alors il se forme à la micro-mécanique et un an plus tard s’attelle à une nouvelle tâche : la réparation des boîtes noires des trains. De la taille d’une boîte à chaussures, ces appareils enregistrent et retranscrivent sur une bande graphique toutes les informations recueillies lors des parcours (durée, vitesse, signaux de voies, incidents …). Après chaque trajet, la bande est archivée et pourra être étudiée en cas de contrôle aléatoire ou d’incidents. Un appareil précieux donc, qui se doit d’être parfaitement réglé pour fournir une information exacte.
Dans son atelier, Jean-François et ses quatre collègues assurent l’entretien et la réparation de ces appareils, constitués de dizaines de minuscules engrenages et d’une carte électronique. Il faut en effet compter une journée et demie par boîte noire pour une révision parfaite. Et si ses collègues lui reprochent parfois d’être trop « pinailloux », pour Jean-François chaque détail compte :

« c’est un travail qui demande beaucoup de rigueur et de minutie ».

C’est aussi « un métier qui se rapproche beaucoup de l’horlogerie » explique-t-il. Après presque vingt ans à ce poste Jean-François a d’ailleurs développé un véritable intérêt pour cette activité et il est capable de réparer à peu près tous les modèles, de la montre à gousset à l’horloge comtoise !
Si son métier lui plait, il sait aussi qu’il est à terme voué à disparaître, puisque les appareils actuels, sont progressivement remplacés par des appareils électroniques dotés de cartes à puces. Ces avancées technologiques sont inéluctables mais l’inquiètent parfois, « il ne faudrait pas que la technologie ronge le savoir-faire de l’humain»  rappelle-t-il. C’est là tout l’enjeu du nouveau technicentre industriel de Vénissieux qui succédera d’ici la fin de l’année à celui d’Oullins: favoriser la collaboration entre l’homme et le robot dans les tâches les plus pénibles et introduire la technologie au service de l’humain.

Le parcours de Jean-François Rostalski en 4 dates

1987

Diplômé d’un CAP en réparation de machines agricoles et automobiles

2001

Recruté au Technicentre industriel d’Oullins en tant qu’agent logistique.

2002

Formation en tachymétrie

2025

Poursuivre dans la micro-mécanique

3 questions à Jean-François Rostalski

UNE CARACTERISTIQUE, UN MOT, UN DICTON

« Les détails font la perfection et la perfection n’est pas un détail. »
Léonard De Vinci

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Sinem KAHRAMAN / SOUDURE

By Juin 2019
NUMÉRO 03 – JUIN 2019

SINEM KAHRAMAN

SOUDURE

TECHNICENTRE INDUSTRIEL DE BISCHHEIM

C’est une histoire d’amour, de passion et d’intégration, comme la SNCF peut en compter ces 80 dernières années. L’histoire d’une jeune femme arrivée en France par hasard et qui désormais fait la fierté du Technicentre de Bischheim, en Alsace. Une histoire de conquête féministe également : Sinem Kahraman est l’une des rares soudeuses à travailler dans un technicentre.

Crédit photo SNCF

Il était une fois une jeune femme turque, âgée de 18 ans, qui part à la conquête du monde. Tout commence en 2001, lorsque Sinem Kahraman, revenue d’un séjour à Londres, rencontre son mari à Strasbourg, à l’occasion de vacances. Le couple s’installe en Alsace et Sinem travaille dans le restaurant et l’épicerie de sa belle-famille. En parallèle, elle suit une formation de caissière et travaille son français.
Un jour, à l’occasion d’une discussion, un ami soudeur l’encourage à découvrir ce métier. « Je n’avais jamais vu quelqu’un souder, je n’avais aucune idée de ce qu’était ce métier » se souvient Sinem. Avec le soutien de son mari, elle entame une formation de six mois, qu’elle valide avec succès et obtient trois qualifications. Elle reste encore aujourd’hui la seule femme de son centre de formation à avoir validé autant de certificats professionnels. Mais le chemin de l’emploi est néanmoins semé d’embûches pour les personnes issues de l’immigration, encore plus lorsque l’on est une femme dans un « métier d’hommes ». Après une dizaine de refus, elle toque à la porte du Technicentre industriel de Bischheim, qui lui ouvre non sans mal : lorsqu’elle arrive pour son entretien, le recruteur tourne les talons en découvrant que c’est une femme. Heureusement, il revient très vite et embauche Sinem.

Pour elle, c’est une plongée dans un autre monde : l’usine, les cadences, le ferroviaire. Dans un technicentre comme Bischheim, on démonte entièrement les trains après 15 à 20 ans de service pour tout vérifier et changer les pièces si besoin. Mais ce monde lui plaît et elle gravit rapidement les échelons. Au bout de 5 ans à souder l’acier, elle passe à l’aluminium des TGV Duplex. Sous ses doigts, les défauts disparaissent.

« Je n’aime pas lâcher, quand j’ai quelque chose en tête je veux le faire et pas à moitié » 

Une mentalité indispensable pour s’imposer comme seule femme dans un milieu d’homme où elle doit souvent faire deux fois plus pour prouver ses compétences. Si certaines voix se sont parfois élevées pour suggérer qu’elle n’y arriverait pas, la détermination de Sinem les a vite fait taire.
Mais homme ou femme, le corps a ses limites et le travail physique de Sinem a abîmé son dos et ses cervicales : impossible pour elle désormais de continuer à souder. Le sujet est sensible et les larmes difficiles à contenir quand elle évoque avec sincérité combien « l’idée [qu’elle ne soudera plus] est dur à avaler ».
Elle a donc achevé au printemps 2018 une formation de quatre mois, à la pratique du contrôle END par ressuage, validée par un examen qu’elle a réussi du premier coup. C’est à elle qu’incombe à présent la tâche de s’assurer de la qualité du travail et de la parfaite sécurité des pièces. Mais aussi de l’accompagnement d’une nouvelle génération de soudeurs… et de soudeuses !

1 END : l’END ou contrôle non destructif est un ensemble de méthodes qui permettent de caractériser l’état d’intégrité de structures ou de matériaux, sans les dégrader, soit au cours de la production, soit en cours d’utilisation, soit dans le cadre de maintenances.
2 Ressuage : le ressuage est une méthode permettant de détecter les défauts des soudures à l’aide d’un liquide coloré ou fluorescent.

Le parcours de Sinem Kahraman en 4 dates

1996

Baccalauréat en Turquie et poursuit à l’université des études d’économie

2001

Travaille dans la restauration à son arrivée en France

2007

Soudeuse au Technicentre industriel de Bischheim (diplômée de 3 qualifications en soudure)

2019

Opératrice END ressuage Niveau 1

2025

Experte en END

3 questions à Sinem Kahraman

UNE CARACTERISTIQUE, UN MOT, UN DICTON

« Une volonté de feu, c’est ce qui m’anime. »

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Arnaud GURHEM / EXPERT ESSIEUX

By Mai 2019
NUMÉRO 02 – MAI 2019

ARNAUD GURHEM

EXPERT ESSIEUX

CAMPRA

La crise essieux survenue en 2010 a été résolue collectivement, grâce à l’engagement des équipes des TM de Paris- Nord et de Villeneuve. Le portrait présenté ici ne minimise en rien cette mobilisation.

« Roue qui tourne ne rouille pas » dit un proverbe grec. Ce pourrait être le mantra d’Arnaud Gurhem. Avec son catogan plaqué en arrière et ses tatouages, le technicien détonne. A force de travail et d’acharnement, l’ancien mécanicien est devenu expert essieu au sein de la direction du Matériel. Son défi quotidien ? Adapter les règles de maintenance et l’organisation du travail à l’innovation, pour ne pas rater le train du progrès et faire en sorte que la roue tourne en faveur de SNCF.

Crédit photo SNCF

20 petites secondes.
C’est le temps qu’il faut aujourd’hui pour contrôler les centaines de roues d’un TGV et les essieux qui les relient. Une prouesse technique, en passe d’être industrialisée, et sur laquelle Arnaud travaille depuis 2015. En partant de bancs de maintenance utilisés aux Etats-Unis pour le fret, il a réalisé des bancs adaptés à la grande vitesse, avec un système de détection par laser et caméras. Ainsi, le TGV circule à 30 km/h sur le banc et tous les essieux sont auscultés en 20 secondes. Auparavant, il fallait arrêter le train plusieurs heures pour prendre les mesures manuellement.

« Il y a une technologie qui fait qu’il faut toujours aller plus vite, on s’adapte pour garder notre travail », explique Arnaud.

Ses gains de productivité sont, pour lui, la condition sine qua non du maintien de la performance de SNCF et plus largement de l’avenir des cheminots.

Cette conviction, il la tient des « crises » qu’il a eu à gérer depuis son arrivée à SNCF en 1997. La roue du progrès a parfois quelques bosses et accrocs en avançant…

En 2010, il doit faire face à une très grave crise essieux sur la ligne D. A l’époque, on craint même de devoir mettre à l’arrêt les 155 trains de la ligne. Arnaud, alors rapporteur mécanique à Paris Est, est appelé par le directeur Transilien et résout l’incident. Idem plus récemment, en juillet 2017, lorsqu’un problème impacte des Transilien à la gare St Lazare. Dans l’atelier de maintenance, les trains entrent en flux continu avec les mêmes défauts aux roues, alors que la plupart étaient en bon état deux mois auparavant. En cause : une modification de parcours qui a entraîné plus de freinages et d’accélérations qu’à l’ordinaire. Pour répondre à l’urgence, Arnaud conçoit en une semaine un nouveau plan de maintenance.

« L’innovation est allée plus vite que l’organisation, il faut donc changer le système de management assez vite pour suivre les évolutions » estime-t-il.

Or, la roue de l’innovation ne s’arrête jamais de tourner.
L’équipe projet à laquelle il appartient travaille déjà sur un banc de maintenance permettant de contrôler l’intégralité d’un train (caisses, pantographes, organes de frein, etc). En 2015, il a également remporté le Prix de l’Innovation, grâce à son application « Dojo » – clin d’oeil à sa passion pour les arts martiaux – qui répertorie les différents défauts des essieux et facilite le travail de maintenance.

Le parcours d’Arnaud Gurhem en 5 dates

1997

Agent au tour en fosse de Paris Nord

2000

Diplômé d’un DUT en génie industriel / maintenance

2005

Rapporteur mécanique à Paris-Est

2011

Expert essieux à la direction du Matériel

2025

Diffuser les nouvelles technologies dans tous les établissements Matériel

3 questions à Arnaud Gurhem

UNE CARACTERISTIQUE, UN MOT, UN DICTON

« Je suis rentré à la SNCF complétement par hasard, puis j’y ai trouvé des gens qui sont devenus des amis. »

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Jérémy LEPELTIER / EXPERT MÉCANIQUE

By Avril 2019
NUMÉRO 01 – AVRIL 2019

JEREMY LEPELTIER

EXPERT MÉCANIQUE

TECHNICAMPUS

Passionné de mécanique et de technique, Jérémy Lepeltier a travaillé pendant près de 10 ans dans une grande écurie automobile avant de rejoindre en 2014 les paddocks de la SNCF. Après avoir été formateur en mécanique au Technicampus, il y travaille aujourd’hui en tant qu’ingénieur pédagogique.

Crédit photo Adrien Dasté

Il en a eu assez des tours de circuits et des arrêts au stand de 30 secondes chrono. L’envie aussi de se confronter à des matériels autrement plus lourds et complexes qu’une voiture, tout en gardant la vitesse et l’endurance en ligne de mire… L’amélioration de la performance mécanique : voilà ce qui anime Jérémy. Car en Formule 1, comme pour les TGV, ce sont souvent les petits détails qui font les grandes victoires. Jérémy est à l’origine de l’une d’entre elles.

En 2014, lors des sessions de formation qu’il anime, des stagiaires lui font remonter que de nombreuses pièces comportant un taraudage1 sont mises au rebut alors qu’elles seraient réparables. Un problème que Jérémy a déjà rencontré dans l’automobile, où l’on utilise un « filet rapporté », une pièce cylindrique, en acier inoxydable et pouvant s’insérer dans des pièces en aluminium ou en acier afin d’y accueillir la vis. Cela permet en plus de consolider la pièce dans laquelle elle est installée. Mais cette solution est-elle applicable aux trains, des engins de taille et de poids bien supérieur ?

S’engage alors un travail de longue haleine : il recense les quelques établissements qui utilisent déjà cette solution, mais sans en maitriser encore toute la technique, contacte ensuite des fabricants et calcule le gain financier pour l’entreprise. Pour l’accompagner dans ce recensement ainsi que dans la création des documents de maintenance,  un groupe de travail est monté avec d’autres experts du Matériel. Il aboutit ainsi à un « filet rapporté » adapté au ferroviaire. Reste encore à l’industrialiser et le diffuser largement dans l’entreprise, pas toujours évident. Heureusement, « ma présence au Technicampus m’a permis d’avoir un rayonnement national » explique-t-il, ce qui a rendu possible la généralisation de cette solution. Désormais, un document de maintenance est rédigé pour l’ingénierie, des process d’applications sont disponibles et 300 agents ont été formés à cette solution.

« Innover c’est avant tout créer du lien », constate Jérémy en bon formateur.

Pour lui, innover c’est moins inventer une technique que partager les solutions, créer du lien entre l’interne et l’externe, entre les collaborateurs. Pour cela, il faut valoriser les essais, les tests, au risque parfois d’échouer.
Mais cela peut être payant : en seulement trois ans, Jérémy est passé d’une simple idée à une innovation déployée largement et permettant un gain d’un million d’euros2 pour SNCF. Avec en prime un bénéfice écologique : les pièces vivent plus longtemps et sont désormais, lorsque c’est possible, réparées et non plus jetées. Cela règle aussi les problèmes d’approvisionnements de pièces, réguliers avec des trains qui vivent une quarantaine d’années. Bref, un « coup du chapeau », un « hat-trick » comme on dit en Formule 1, qui permet à la SNCF de conforter sa pole position.

1 Taraudage : Le taraudage correspond à la partie de la pièce dans laquelle s’insère une vis.
2 Montant estimé suite à l’application de cette nouvelle méthode de maintenance, aux moteurs tractions de vingt-deux séries d’engins moteurs TGV en 2018.

Le parcours de Jérémy Lepeltier en 4 dates

2004

Technicien puis équivalent DPX durant 10 ans au sein d’une écurie automobile

2014

Formateur en mécanique au Technicampus

2019

Ingénieur pédagogique et de formations en mécanique et soudure

2025

Responsable d’un Lab Innovation à la SNCF ?

3 questions à Jérémy Lepeltier

UNE CARACTERISTIQUE, UN MOT, UN DICTON

« Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »
Confucius

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